
6 exercices pour détendre la mâchoire quand on serre les dents
Pourquoi je serre la mâchoire quand je suis stressé ?
Parce que c’est un muscle qu’on peut contracter sans que personne ne le voie. Sous tension, le corps augmente le tonus de plusieurs groupes musculaires à la fois : les épaules montent, les poings se ferment, la mandibule se referme. La différence, c’est que les épaules finissent par faire mal assez vite, alors que la mâchoire peut serrer des heures avant de se signaler.
Les chercheurs parlent de bruxisme éveillé pour désigner ce serrement diurne, distinct du grincement nocturne. Les études qui interrogent les gens plusieurs fois par jour sur leur téléphone aboutissent au même constat : chez des adultes en bonne santé, le contact dentaire prolongé occupe une part notable de la journée, et la plupart en sont inconscients sur le moment (Colonna et al., 2023).
C’est toute la difficulté. On ne peut pas relâcher un muscle dont on ignore qu’il travaille. L’électromyographie a d’ailleurs montré que le bruxisme éveillé n’est pas un comportement unique : selon les personnes, il prend la forme de contractions brèves et répétées ou d’un maintien long et discret (Monteiro et al., 2021). D’où l’intérêt du sixième exercice, qui n’est pas un exercice mais un rappel.
1. Retrouver la position de repos (30 secondes)
C’est le geste de référence, celui vers lequel tous les autres ramènent. Lèvres fermées sans serrer, dents légèrement écartées, pointe de la langue posée au palais juste derrière les incisives supérieures, sans appuyer.
Prenez trente secondes pour l’installer et sentir ce que ça change. La plupart des gens constatent à cet instant que leurs dents étaient en contact, sans qu’ils l’aient décidé. Les recommandations de relâchement mandibulaire diffusées en cabinet dentaire tournent d’ailleurs presque toutes autour de cette position (Orthlieb, L’Information Dentaire).
Ne la tenez pas de force. L’idée n’est pas d’ajouter une contraction pour en corriger une autre, mais de reconnaître un point de repos et d’y revenir.
2. Contracter puis lâcher, trois fois de suite (1 minute)

Un muscle contracté depuis des heures ne se relâche pas parce qu’on le lui demande. Il se relâche mieux si on l’emmène d’abord à l’extrême opposé.
Serrez volontairement les dents pendant cinq secondes, à environ la moitié de votre force maximale, jamais plus. Puis lâchez d’un coup, en laissant la bouche s’entrouvrir seule. Attendez dix secondes avant de recommencer. Trois cycles suffisent, et vous pouvez ajouter deux variantes en poussant doucement la mandibule vers la gauche, puis vers la droite. La sensation de relâchement arrive après le lâcher, pas pendant la contraction : c’est ce contraste qu’on cherche.
Un gant de toilette chaud posé deux minutes sur les joues avant la série rend le muscle nettement plus disponible. Si la contraction réveille une douleur, arrêtez tout de suite et passez à l’exercice suivant.
3. Provoquer un bâillement (30 secondes)
Le bâillement est le seul relâchement complet de la mâchoire que le corps organise tout seul. Autant s’en servir.
Entrouvrez la bouche, inspirez lentement par le nez, et laissez la mandibule descendre sans forcer l’ouverture. Souvent, un vrai bâillement se déclenche au bout de deux ou trois tentatives. Il emmène la gorge, la langue, le voile du palais et le diaphragme dans le même mouvement, ce qu’aucun exercice ciblé ne fait aussi bien. Répétez cinq à dix fois, matin et soir.
Deux réserves. N’ouvrez jamais au maximum si vous avez déjà eu un blocage, et arrêtez si vous entendez un claquement franc dans l’articulation.
4. Masser le masséter devant l’oreille (2 minutes)
Posez deux doigts juste devant le lobe de l’oreille, puis serrez les dents une fois : le muscle qui bombe sous vos doigts, c’est le masséter. Un des plus forts du corps rapporté à sa taille, et l’un des rares qu’on ne pense jamais à masser.
Relâchez, et faites de petits cercles lents, d’une pression modérée, en descendant vers l’angle de la mâchoire puis en remontant vers la tempe. Deux minutes, en respirant normalement. Les points les plus sensibles ne sont pas forcément là où ça fait mal d’habitude : beaucoup de gens trouvent leur point le plus réactif dans le muscle temporal, au-dessus de l’oreille.
En janvier dernier, un kinésithérapeute m’a fait poser ces deux doigts pendant qu’on parlait de tout autre chose. Au bout de quatre minutes de conversation ordinaire, j’avais serré onze fois sans m’en apercevoir une seule.
5. Laisser la mâchoire descendre sur l’expiration (2 minutes)

Cet exercice relie le relâchement à quelque chose que vous faites déjà en permanence, donc à un support qui ne demande aucun effort de mémoire.
Inspirez par le nez sur trois ou quatre temps, sans rien changer. À l’expiration, allongez un peu le souffle et laissez la mandibule descendre d’un millimètre, comme si elle était suspendue et qu’on relâchait le fil. Ne cherchez pas à ouvrir la bouche. Une dizaine de cycles suffisent. Le relâchement se produit à l’expiration, jamais à l’inspiration, et c’est vrai pour la mâchoire comme pour les épaules.
Si vous pratiquez déjà, c’est le même mécanisme que celui décrit dans notre article sur le soupir physiologique, appliqué à une zone précise plutôt qu’à tout le corps. Vous pouvez aussi le glisser dans un travail de détente du dos et de la nuque, qui partage les mêmes chaînes musculaires.
6. Scanner la mâchoire plusieurs fois par jour (le geste qui tient)
Voici l’exercice le moins spectaculaire, et de loin le plus utile. Il consiste simplement à se demander, plusieurs fois par jour : est-ce que mes dents se touchent en ce moment ?
La question prend deux secondes. Si la réponse est oui, vous revenez à la position de repos de l’exercice 1, et c’est tout. Le levier ici n’est pas l’intensité mais la fréquence des rappels, parce que le serrement est inconscient et qu’il revient dès que l’attention se déplace ailleurs.
C’est exactement le principe des dispositifs de biofeedback testés en clinique : un signal extérieur qui prévient au moment du serrement. Une revue systématique sur le bruxisme éveillé conclut que ces dispositifs réduisent effectivement l’activité musculaire excessive, tout en soulignant que les protocoles restent hétérogènes et les échantillons petits (Vieira et al., 2023). Un post-it au coin de l’écran ou une alarme discrète toutes les heures reprend la même idée, en version artisanale. Sur une journée de travail, un repère visible bat n’importe quelle bonne résolution.
Où le placer, concrètement. Les moments de serrement ne sont pas répartis au hasard : ils se concentrent sur les tâches qui demandent de la concentration ou de la retenue, une réunion difficile, un dossier tendu, une file d’attente. Posez donc vos repères là où vous êtes le plus souvent en train de vous retenir, pas dans les moments calmes où vous ne serrez déjà pas. Un post-it sur l’écran de travail, un autre sur le volant, un rappel de téléphone en début d’après-midi.
Et au moment du rappel, ne faites rien de plus que le geste minimal : dents décollées, langue au palais, une expiration un peu plus longue. Deux secondes. La tentation est d’enchaîner une série complète, ce qui rend le rappel coûteux, donc vite abandonné. Un geste que vous ferez trente fois par jour vaut mieux qu’une routine parfaite que vous ferez deux fois par semaine.
Ce scan-là devient plus facile quand on a l’habitude d’écouter d’autres zones du corps. Notre article sur ce que la mâchoire et la langue disent au cerveau creuse le lien entre bruit mental et tension buccale, et le scan corporel classique en est la version longue.
Ce que ces exercices ne règlent pas
Ils agissent sur la tension musculaire et sur l’habitude de serrer. Ils ne traitent ni une articulation abîmée, ni une occlusion défaillante, ni les causes du stress qui alimente le serrement.
Certains signes demandent un avis dentaire plutôt qu’une série d’exercices supplémentaire : une douleur qui dure plusieurs semaines, une ouverture de bouche limitée ou qui se bloque, un craquement douloureux, des dents visiblement usées ou des réveils avec la mâchoire douloureuse. Ces exercices ne remplacent pas un examen, et les pratiquer plus intensément ne compense rien.
Une dernière chose, moins évidente : cherchez à sentir la position de repos, pas à la contrôler. Beaucoup de gens sortent de leurs premières séances en surveillant leur mâchoire en permanence, ce qui ajoute une crispation là où on voulait en retirer une. Deux minutes le matin, deux le soir, et quelques rappels dans la journée font davantage qu’une vigilance continue.
Sources
- Ecological Momentary Assessment of Awake Bruxism Behaviors: A Scoping Review of Findings from Smartphone-Based Studies in Healthy Young Adults — Colonna et al., 2023
- Electromyographic Patterns and the Identification of Subtypes of Awake Bruxism — Monteiro et al., 2021
- Effectiveness of Biofeedback in Individuals with Awake Bruxism Compared to Other Types of Treatment: A Systematic Review — Vieira et al., 2023
- Relâcher les muscles de la mâchoire : 12 conseils — Orthlieb, L’Information Dentaire, 2019



1Comment détendre la mâchoire quand elle est crispée ?
Pour détendre la mâchoire, commencez par décoller les dents et poser la langue derrière les incisives du haut, lèvres jointes. Contractez ensuite volontairement pendant cinq secondes, puis lâchez. Massez le muscle devant l’oreille, provoquez un bâillement, et laissez la mandibule descendre sur chaque expiration. Quelques minutes suffisent à faire baisser la tension.
Le point important tient en une phrase : au repos, les dents ne se touchent pas. Il existe normalement un petit jeu entre les arcades, que les dentistes appellent l’espace libre d’inocclusion. Quand on serre à longueur de journée, cet espace disparaît et le muscle masséter travaille en continu, pour rien.
Les six exercices ci-dessous se font assis, sans matériel, entre deux mails. Ils s’articulent avec un travail plus large de relâchement des micro-tensions du visage, parce qu’une mâchoire serrée ne l’est presque jamais toute seule : les tempes, le front et la nuque suivent le mouvement.